Un surcroît d’humanité

Depuis l’an dernier, la télésérie Unité 9 est, comme le dit si bien un ami, le phénomène télé au Québec. Non seulement cette série nous permet de découvrir l’univers carcéral de l’intérieur, mais elle nous re-donne accès, en quelque sorte, à notre humanité en nous faisant cheminer aux côtés de femmes qui luttent pour se relever et de celles et ceux qui les accompagnent dans ce sens.

Jeudi soir dernier, nous étions près de 150 personnes à assister à une conférence intitulée Femmes en prison : entre réalité et fiction, présentée dans le cadre des conférences organisées par les Librairies Paulines. Le comédien Paul Doucet et l’aumônière Danielle Chabot étaient les invités. Ils nous ont fait part respectivement de leurs rôles fictif et réel d’aumônier de prison. Dans la salle, il y avait certes quelques curieux qui désiraient en savoir plus sur la série Unité 9, mais pour la plupart, il s’agissait de personnes provenant du milieu carcéral, des aumôniers, des bénévoles et probablement des ex-détenus…

Cette conférence a été préparée conjointement avec le Centre de services de justice réparatrice (CSJR) et la librairie Paulines. Le principal objectif : sensibiliser la communauté à ce qu’est la justice réparatrice, c’est-à-dire faire en sorte que les conflits se règlent entre les personnes concernées, détenu(e)s et victimes. Dès le début de la  conférence, M. Raoul Lincourt  a  mentionné l’apport considérable du travail effectué par l’aumônier en milieu carcéral dans cette démarche de réconciliation. Il affirmait combien il s’agit d’une personne ressource exceptionnelle pour préparer les rencontres entre détenus et victimes.

Le rôle de l’aumônier
Nous avons ensuite entendu Danielle Chabot et Paul Doucet nous faire part de leur vision du rôle qu’ils jouent, de leur travail. Il s’agit d’être une présence. Une présence de cœur. Être là. Témoigner de la bonté. L’aumônier est celui, celle qui accueille l’autre quel que soit sa situation, sa condition. C’est également cette personne qui se promène dans les corridors de la prison, comme on voit le personnage de Georges le faire dans Unité 9. Il est très disponible. Il ne se mêle pas (ou moins) aux histoires de paperasse comme le font d’autres employés du milieu carcéral. Paul Doucet nous racontait justement qu’avec les comédiennes, ils se disaient entre eux : on ne se voit plus! C’est que, pendant quelques semaines, on voit plus souvent Georges avec un personnage plutôt qu’une autre.  Après ça change! En réalité, nous dit Danielle Chabot, c’est vraiment comme ça. Elle va de moments intenses en moments intenses. « La prison, c’est un gros intensif »!

Mais si le travail de l’aumônier en est un de crevage d’abcès, il en est aussi un de réparation, de justice réparatrice. Il ouvre un espace  de confiance pour dévoiler les secrets…Secrets qui, la plupart du temps, sont les conséquences d’un mensonge. « Qui cherches-tu à protéger? » demande Georges à Marie dans l’émission. C’est exactement la même question que peut poser Danielle, dans la vraie vie, aux femmes qu’elle rencontre. Il s’agit d’un travail de broderie, nous dit-elle, de fine broderie. Il ne faut pas aller trop vite, l’important est que la personne se libère.

À la question : qu’est-ce que ce rôle vous apporte, le comédien Paul Doucet a répondu : une plus grande appréciation de l’être humain. Son personnage, Georges, arrive à voir non pas uniquement l’extérieur de la personne en face de lui mais l’âme, les blessures, la douleur que cette personne porte. Ce rôle lui apporte donc une autre lecture de la personne humaine. Tout ce bagage l’amène à ne pas juger au premier abord, à prendre conscience également qu’il y a une ligne à ne pas dépasser.

Un surcroît d’humanité, pourrait-on dire? Ce regard humain, affirmait Danielle, c’est ce qui nous donne la capacité de lire au travers des gens, de voir en chacun(e) le puits sans fond qui s’y trouve. «  Cela donne de l’énergie! » Bien sûr que ça en demande mais ça en donne beaucoup plus! On se sent aimé, tellement! Les victimes-détenues aiment passionnément, intensément. Elles ont un énorme besoin d’être accueillies avant d’être jugées.

Le rôle de la communauté
Une autre dimension à laquelle nous ne penserions pas nécessairement à prime abord dans le travail de réconciliation, d’accueil des personnes provenant du milieu carcéral, c’est celle de la communauté. Danielle Chabot a soulevé cet aspect majeur, selon elle, dans la reprise en main des détenu(e)s et leur retour au sein de la collectivité. Dans le travail de remise sur pied, il y a trois personnes qui interviennent: le détenu, la victime et la communauté. En ce qui regarde la communauté, le travail des bénévoles en prison est précieux. Les détenus voient en eux, en elles de l’ouverture, comme s’ils leurs donnaient une chance. Comme s’ils leur disaient : oui, t’es encore un citoyen à mes yeux! Certains prisonniers voient les bénévoles comme les personnes les plus importantes – avec l’aumônier!- car elles agissent gratuitement.

Enfin, Unité 9 est une émission où la démarche de justice réparatrice est mise de l’avant. Car non seulement elle nous montre le travail de réconciliation qui se fait en prison, mais elle nous amène aussi à démystifier ce qui s’y passe vraiment et à abandonner nos préjugés. Toutes ces personnes ont une histoire, une histoire sacrée. Où se situe la ligne à départager entre le bien et le mal?  Qui sommes-nous pour juger? La série nous permet de lever le voile également sur la vie de familles des personnes incarcérées et combien ces familles sont ébranlées. Car il y a bel et bien une vie autour des personnes en prison.

Semaine nationale de justice réparatrice
Du 17 au 22 novembre, le Centre de justice réparatrice, CSJR, invite celles et ceux qui le désirent à participer aux activités de la semaine nationale de justice réparatrice, à Montréal. Plus d’infos sur www.csjr.org.

Rappelons que, depuis 12 ans, le centre de CSJR réunit des personnes ayant subi et/ou commis des crimes apparentés ainsi que des membres de la communauté pour dialoguer et restaurer ensemble ce que le crime a brisé.

La philosophie du CSJR repose sur la conviction que l’être humain est capable de sortir de toute épreuve, de se redresser et de se guérir, et que la justice peut s’exercer de façon plus humaine et plus communautaire.

Photo© 2010 Marc Soller, Cage in Decay, 2010, Creative Commons

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